
Pourquoi 2 700 guichets France Services profitent d’abord à ceux qui étaient déjà bien servis
septembre 30, 2026 à 20h03
Premier démantèlement d’un réacteur UNGG : la France ouvre un nouveau marché
octobre 1, 2026 à 1h10Au cœur d’un réacteur nucléaire éventré, là où l’homme ne peut plus mettre les pieds, quelque chose pousse. Une moisissure noire, presque veloutée, qui tapisse les murs comme si la radioactivité était son repas favori. Cette scène, digne d’un film de science-fiction, est bien réelle, et elle intéresse aujourd’hui les agences spatiales.
La clé des voyages spatiaux découverte dans les ruines de Tchernobyl
Voici la réponse en quelques lignes. Un champignon noir, Cladosporium sphaerospermum, prospère dans la zone la plus contaminée de la catastrophe nucléaire de 1986. Il semble capable d’exploiter les radiations pour se développer, un phénomène baptisé radiosynthèse. Son secret tient à un pigment, la mélanine, la même molécule qui colore notre peau.
Pourquoi cela concerne-t-il l’exploration spatiale ? Parce que le principal ennemi des astronautes en route vers Mars ou sur la Lune n’est pas le vide, mais les rayons cosmiques. Un organisme vivant qui absorbe les radiations, se répare tout seul et se multiplie à volonté ressemble à un bouclier idéal pour de longues missions spatiales.
L’histoire commence dans les années 1990. Des chercheurs qui explorent l’intérieur et les abords du réacteur numéro 4, un site aussi contaminé que celui du démantèlement de deux réacteurs nucléaires à Fessenheim, y découvrent des colonies de champignons noirs installées sur les parois, dans un environnement où le niveau de radioactivité est des centaines de fois supérieur à la normale. Plus étonnant encore, les mesures montrent que certains de ces champignons semblent pousser vers les sources radioactives, comme une plante se tourne vers la lumière.
Un champignon noir qui se nourrit de radiations : la radiosynthèse
Pour comprendre l’idée, revenons à la photosynthèse. Une plante capte la lumière du soleil et la transforme en énergie chimique pour fabriquer ses sucres. La radiosynthèse, elle, serait une sorte de cousine sombre : le champignon capterait des radiations ionisantes (rayons gamma, par exemple) et les convertirait en énergie utilisable pour sa croissance.
Les premières pistes sérieuses viennent d’expériences menées au milieu des années 2000. Des équipes ont exposé des champignons riches en pigment à des doses de radiations bien supérieures à celles de l’environnement normal. Résultat : ceux qui contenaient de la mélanine grandissaient plus vite que leurs congénères, comme si le rayonnement leur donnait un coup de fouet.
Le rôle protecteur de la mélanine
La mélanine est un pigment très répandu dans le vivant. Chez l’humain, elle protège la peau des ultraviolets. Chez ces champignons noirs, elle est présente en quantité impressionnante, ce qui leur donne cette couleur presque charbonneuse.
Elle jouerait un double rôle. D’abord celui de bouclier : elle absorbe une partie du rayonnement avant qu’il n’abîme l’ADN de la cellule. Ensuite celui de convertisseur d’énergie : lorsqu’elle est frappée par les radiations, ses propriétés électroniques changent, ce qui laisse penser qu’elle pourrait transformer cette énergie en carburant biologique. C’est cette seconde hypothèse qui fait rêver les chercheurs, et qui divise encore la communauté scientifique.
Idée reçue : non, ce n’est pas un champignon mutant
Ce champignon n’est pas apparu à cause de l’accident. Son espèce existe partout sur Terre, dans les sols, sur les murs humides ou dans les maisons. Tchernobyl a simplement révélé une capacité que l’on ne soupçonnait pas chez lui.
Comment ce champignon pourrait protéger les astronautes en mission longue

Hors de la protection du champ magnétique terrestre, les astronautes reçoivent des radiations cosmiques en continu. À la surface de Mars, qui n’a ni champ magnétique global ni atmosphère épaisse, la dose quotidienne se chiffre en fractions de millisievert, jour après jour. Sur un aller-retour de plusieurs années, l’addition devient un vrai risque pour la santé : cancers, atteintes du système nerveux, vieillissement accéléré des cellules.
Les blindages classiques (aluminium, polyéthylène, eau) fonctionnent, mais ils sont lourds, et chaque kilo envoyé dans l’espace coûte une fortune. Un matériau vivant, léger au départ, qui se cultive sur place et se régénère lorsqu’il est endommagé, change complètement l’équation. Il suffirait d’emporter quelques spores et de les faire pousser.
L’expérience menée à bord de la Station spatiale internationale
L’idée a été testée en conditions réelles. Une équipe a envoyé Cladosporium sphaerospermum sur la Station spatiale internationale pour le faire pousser en orbite pendant environ vingt-cinq jours. Une boîte de culture était placée face à un capteur de radiations, une seconde servait de témoin sans champignon.
Le verdict, publié d’abord sous forme de préversion scientifique, est prometteur. Le capteur situé sous la couche de champignons enregistrait un rayonnement légèrement inférieur à celui du témoin, alors que la couche ne mesurait qu’un à deux millimètres d’épaisseur. Le champignon a en outre bien grandi dans l’espace, ce qui n’allait pas de soi.
21 cm : l’épaisseur qui change la donne sur Mars
D’après les extrapolations des chercheurs, une couche d’environ 21 centimètres de ce champignon, mélangée à du sol martien, pourrait réduire fortement la dose annuelle de radiations reçue à la surface de Mars. C’est une estimation théorique, pas une mesure sur le terrain.
On imagine alors des habitats martiens dont les murs seraient doublés de biomasse fongique, ou des combinaisons et abris temporaires intégrant ce matériau vivant. L’avantage est de taille : le bouclier se fabrique avec les ressources locales, en s’alimentant de radiations et de quelques nutriments. Certains chercheurs évoquent même des briques mêlant champignons et régolithe lunaire pour bâtir une base sur la Lune.
Les mystères scientifiques qui restent à percer
Avant de voir des astronautes s’abriter derrière un mur de moisissure, il reste du chemin. Le point le plus contesté concerne la radiosynthèse elle-même. Le champignon grandit-il vraiment mieux grâce aux radiations, ou tolère-t-il simplement des doses qui tueraient d’autres organismes ? Aucune preuve définitive n’établit à ce jour qu’il produit de l’énergie à partir du rayonnement de façon comparable à la photosynthèse.
Le mécanisme précis de la mélanine reste lui aussi partiellement inexpliqué. On sait qu’elle réagit aux radiations, mais on ignore comment la cellule capte cette énergie, la stocke et l’utilise. Sans cette réponse, difficile de savoir si l’on pourrait améliorer les performances du champignon.
Plusieurs autres questions attendent des réponses :
- l’effet du bouclier est-il suffisant face aux particules les plus énergétiques des rayons cosmiques ?
- comment garder une culture vivante et stable pendant des années, dans un habitat fermé ?
- quels risques sanitaires, notamment allergiques, pour des équipages confinés à côté d’un mur de spores ?
- peut-on contenir la croissance du champignon pour qu’il ne colonise pas le matériel ?
Ces interrogations expliquent la prudence des scientifiques. Le champignon noir n’est pas un remède miracle, mais une piste sérieuse, à intégrer à un ensemble de protections plus large. Associé à des matériaux classiques et à de meilleures prévisions météorologiques solaires, il pourrait alléger les missions habitées de demain.
Ce que Tchernobyl nous apprend sur la vie et sur l’espace

Ce qui frappe dans cette histoire, c’est le renversement de perspective. Le site que l’on associe à la mort et à l’abandon abrite une forme de vie qui s’y épanouit. Ces champignons noirs rappellent que le vivant s’adapte à des conditions que l’on croyait impossibles, et qu’il peut inspirer les solutions technologiques les plus inattendues.
Que la radiosynthèse soit confirmée ou non, cette découverte scientifique a déjà relancé la recherche sur les organismes capables de résister aux radiations. Elle alimente aussi une réflexion plus large sur la manière dont l’humanité pourrait vivre loin de la Terre. Dans quelques années, les prochaines expériences en orbite et sur la Lune, menées par une filière qui reconvertit même un avion géant dédié à l’industrie spatiale, diront si ce discret pigment noir méritait vraiment sa réputation de clé de la conquête spatiale.
Auteur spécialisé en finance et business, il analyse les sujets économiques avec pragmatisme et clarté.Son approche se veut factuelle, accessible et tournée vers des décisions concrètes.Il s’adresse à ceux qui cherchent à mieux comprendre l’argent, l’entreprise et les enjeux économiques du quotidien.
A lire aussi
40 ans après, l’Italie rouvre la porte au nucléaire français : pourquoi ce retour ?
Une percée scientifique va permettre de manipuler le bois comme du métal : comment ça marche ?
Fusion nucléaire : les États-Unis débloquent 10 milliards de dollars pour rattraper la Chine
Parc nucléaire français : pourquoi l’examen des 40 ans est un tournant
« Les deux effets vont se cumuler » : un océanographe alerte sur El Niño et le climat
Pourquoi 8 trains suisses FLIRT à batterie vont rouler pour une grande ville américaine



