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octobre 2, 2026 à 23h56Washington sort le chéquier, et pas pour un simple coup de pouce. Avec une enveloppe de 10 milliards de dollars, les États-Unis veulent reprendre la main sur la fusion nucléaire, une technologie que Pékin avance désormais à marche forcée. Derrière le chiffre, il y a une question simple : qui produira le premier, dans l’ordre, un réacteur capable de fournir de l’électricité en continu avec de l’hydrogène comme carburant ?
Les États-Unis investissent 10 milliards de dollars : contexte et objectifs
La réponse directe tient en trois points. L’enveloppe vise à financer des machines, des composants (aimants, lasers, matériaux) et des partenariats avec des entreprises privées. Elle répond à la montée en puissance de la Chine, qui multiplie les chantiers publics. Et elle poursuit un objectif clair : une centrale pilote branchée au réseau américain autour de 2035, voire avant pour les plus optimistes.
La fusion consiste à faire fusionner des noyaux légers, le plus souvent le mélange deutérium-tritium, au sein d’un plasma chauffé à plus de 100 millions de degrés. La réaction libère une énergie considérable, sans émission de CO2 et avec des déchets bien moins durables que ceux de la fission. C’est l’argument de l’énergie décarbonée, mais aussi celui de la sécurité énergétique : un pays qui maîtrise cette filière réduit sa dépendance aux importations de combustibles.
Le pari reste immense. Un réacteur doit produire plus d’énergie qu’il n’en consomme, ce que les physiciens appellent le gain énergétique (le fameux Q supérieur à 1), puis tenir dans la durée, puis devenir rentable. Chaque étape demande des milliards. D’où l’intérêt d’un investissement public massif, que les investisseurs privés seuls ne couvrent pas.
Le montant et l’ambition sont annoncés. La ventilation précise entre programmes publics, laboratoires nationaux et entreprises privées se dévoile au fil des appels à projets. Pour suivre le dossier, regardez surtout les jalons contractuels : l’argent public se débloque par étapes, à mesure que les machines atteignent leurs objectifs.
Quels projets américains bénéficient de ce financement ?
Les États-Unis misent sur deux piliers. D’un côté, la recherche publique, avec le National Ignition Facility de Livermore, qui a démontré l’ignition en 2022 par confinement inertiel : des lasers écrasent une minuscule capsule de combustible. Ses résultats ont depuis progressé, avec un gain supérieur à 4 lors d’un tir de 2025. Le NIF reste pourtant un outil scientifique, pas un prototype de centrale, car la cadence de tir et le rendement global sont très loin d’un usage industriel.
De l’autre côté, le secteur privé tient la vedette. Commonwealth Fusion Systems, issue du MIT, construit SPARC dans le Massachusetts, un tokamak compact à aimants supraconducteurs à haute température. Le démarrage du plasma est attendu autour de 2026-2027, avec l’ambition de dépasser le Q de 1. Sa future centrale ARC, en Virginie, vise le début des années 2030 et un client déjà identifié, Google.
Helion Energy joue une autre partition : une machine pulsée qui récupère directement l’électricité, sans turbine à vapeur. Microsoft s’est engagé à acheter son courant à partir de 2028, un calendrier que beaucoup d’experts jugent très ambitieux. TAE Technologies, de son côté, explore des combustibles alternatifs et une conception à plasma accéléré. Ces start-up fusion ont levé des milliards auprès d’investisseurs, et l’argent public vient désormais les accompagner plutôt que les remplacer.
La Chine en tête de la course à la fusion nucléaire

Pékin a une longueur d’avance sur un point précis : la continuité de l’effort. Le tokamak EAST, à Hefei, a maintenu un plasma en régime de haut confinement pendant 1 066 secondes début 2025, un record de durée. Un autre appareil, HL-3, a atteint 100 millions de degrés simultanément pour les ions et les électrons. Ces records de température et de durée ne font pas une centrale, mais ils montrent une maîtrise croissante du plasma.
Le vrai signal vient des chantiers. La Chine construit BEST (Burning plasma Experimental Superconducting Tokamak), un réacteur expérimental destiné à produire un plasma de fusion durable, avec une mise en service visée vers 2027. Elle a aussi créé en 2025 une société nationale dédiée, China Fusion Energy Co., dotée d’environ 15 milliards de yuans, soit près de 2 milliards de dollars. Selon plusieurs estimations occidentales, Pékin dépense chaque année au moins autant que Washington, et sa feuille de route avance sans les aléas d’un cycle budgétaire.
| Critère | États-Unis | Chine |
|---|---|---|
| Moteur principal | Start-up soutenues par l’État | Programme public piloté par l’État |
| Machine phare | NIF (inertiel), SPARC (magnétique) | EAST, HL-3, BEST (magnétique) |
| Record marquant | Ignition et gain supérieur à 4 | 1 066 secondes de plasma en haut confinement |
| Objectif de centrale | Pilote vers 2035 | Démonstration dans les années 2030 |
Deux voies techniques : tokamak et confinement inertiel
Pour comprendre la rivalité USA-Chine, il faut distinguer deux familles de machines. Le confinement magnétique enferme le plasma dans un champ magnétique en forme d’anneau. Le tokamak en est le représentant le plus connu : EAST, ITER et SPARC en sont tous. La Chine a presque tout misé sur cette voie, ce qui concentre ses ingénieurs et ses chaînes de fabrication.
Le confinement inertiel, lui, comprime brutalement le combustible avec des lasers ou des impulsions. Les États-Unis disposent d’un atout unique avec le NIF, utile aussi pour la recherche militaire. Les Américains explorent donc plusieurs chemins à la fois, ce qui multiplie les chances de percée mais disperse parfois les moyens. La vraie différence se joue sur les aimants supraconducteurs à haute température, un domaine où la maîtrise française de la chaîne des aimants permanents par Orano et le CEA pourrait peser : celui qui les produit en série gagne un avantage industriel décisif.
Europe et secteur privé : les autres acteurs de la compétition
L’Europe n’est pas absente. ITER, installé à Cadarache, reste le projet international de référence, porté par 35 pays dont la Chine, les États-Unis et l’Union européenne. Mais son calendrier a glissé (malgré l’achèvement du dernier secteur de la chambre à vide d’ITER) : les premières expériences scientifiques sont désormais attendues vers 2034, et les opérations en deutérium-tritium vers 2039. Beaucoup en concluent que le projet public mondial avance moins vite que les initiatives nationales.
Côté européen, les résultats techniques restent solides. Le tokamak WEST, en France, a tenu un plasma pendant 1 337 secondes début 2025, et le stellarator allemand Wendelstein 7-X a battu des records de performance sur de longues durées. Des jeunes pousses comme Proxima Fusion ou Renaissance Fusion tentent d’industrialiser ces concepts. Elles manquent toutefois des capitaux colossaux que les États-Unis et la Chine peuvent mobiliser.
Perspectives : qui atteindra la fusion commerciale en premier ?

Personne ne peut le dire aujourd’hui, et les promesses doivent être prises avec recul. Le gain énergétique, point de départ obligatoire, n’a été démontré qu’en laboratoire et sur des durées infimes. Il faut ensuite récupérer la chaleur, fabriquer du tritium en boucle fermée, faire durer les matériaux face aux neutrons, puis produire de l’électricité à un coût compétitif. Chacun de ces verrous demande des années.
Si l’on regarde l’échéance 2035, la Chine semble mieux placée pour une démonstration publique de grande ampleur, grâce à sa continuité et à ses chantiers déjà lancés. Les États-Unis, eux, pourraient dégainer plus tôt un premier produit commercial, grâce à l’agilité des entreprises privées et aux contrats d’achat d’électricité signés par les géants du numérique. La course ne se jouera donc peut-être pas sur une ligne d’arrivée unique, mais sur celui qui saura industrialiser et exporter le premier.
Ce que les 10 milliards de dollars changent déjà, c’est le message envoyé aux investisseurs : la fusion devient une affaire de stratégie nationale. Reste à voir si cette enveloppe suffira à combler l’écart avec Pékin, et surtout si les jalons promis seront tenus. Les prochains tirs de SPARC et la mise en service de BEST donneront une première réponse.
Auteur spécialisé en finance et business, il analyse les sujets économiques avec pragmatisme et clarté.Son approche se veut factuelle, accessible et tournée vers des décisions concrètes.Il s’adresse à ceux qui cherchent à mieux comprendre l’argent, l’entreprise et les enjeux économiques du quotidien.
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