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octobre 2, 2026 à 17h30Un réacteur nucléaire ne reçoit pas de date de péremption à la naissance. Pourtant, quand il atteint 40 ans, il doit passer l’un des contrôles les plus lourds de sa vie. Et en France, ce rendez-vous concerne désormais une part considérable du parc nucléaire : plus d’un tiers des réacteurs sont dans cette phase, entre examen en cours, visite récente ou échéance imminente.
L’examen des 40 ans : qu’est-ce que le réexamen périodique ?
Pas de limite d’âge légale en France. Le droit impose en revanche un bilan complet de chaque installation tous les dix ans, appelé réexamen périodique. L’exploitant, c’est-à-dire EDF, doit démontrer que son réacteur respecte toujours ses règles et qu’il peut continuer à fonctionner dans de bonnes conditions de sûreté nucléaire pour la décennie suivante. L’autorité de sûreté (l’ASN, devenue ASNR début 2025 après sa fusion avec l’IRSN) analyse le dossier, puis décide ou non d’autoriser la poursuite.
Le principe des visites décennales obligatoires
Chaque réexamen s’appuie sur une visite décennale, un arrêt programmé de plusieurs mois pendant lequel le réacteur est inspecté en profondeur. La cuve, l’enceinte de confinement et les circuits principaux passent des épreuves : tests de pression, contrôles non destructifs, essais de matériel. L’exploitant mène en parallèle deux vérifications : la conformité (l’installation est-elle bien telle qu’elle a été conçue ?) et le réexamen de sûreté (peut-on l’améliorer au regard des connaissances et des standards actuels ?).
Le 4e réexamen : le cap critique des 40 ans d’exploitation
Le 4e réexamen correspond au seuil des 40 ans. Il est considéré comme un cap parce que la durée de fonctionnement initialement prévue à la conception se situait autour de cette valeur. Au-delà, il faut prouver que le vieillissement des composants reste maîtrisé et que les équipements qu’on ne peut pas remplacer, comme la cuve, tiennent encore. L’ASN a aussi fixé des objectifs plus ambitieux : rapprocher le niveau de sûreté de celui des réacteurs de troisième génération, comme l’EPR.
Idée reçue : « à 40 ans, un réacteur doit fermer »
Faux. Les 40 ans correspondent à un point de contrôle, pas à une date d’arrêt. Aucune loi française ne fixe de durée maximale de fonctionnement, même si d’anciennes filières ont fini par être arrêtées, comme le montre le premier démantèlement d’un réacteur UNGG en France. La poursuite dépend uniquement de la démonstration de sûreté et de la décision de l’ASN.
Le parc nucléaire français : 56 réacteurs à différents stades de vie
Le parc nucléaire historique compte 56 réacteurs à eau pressurisée répartis en trois paliers, du nom de leur puissance électrique. À ces 56 unités s’ajoute l’EPR de Flamanville 3, plus récent, qui n’entre pas dans ce calendrier de réexamens à 40 ans. Voici comment se répartissent les paliers.
| Palier | Réacteurs | Mises en service | Situation vis-à-vis des 40 ans |
|---|---|---|---|
| 900 MWe | 32 | 1977 à 1987 | 4e réexamen largement engagé, préparation du 5e |
| 1300 MWe | 20 | 1984 à 1993 | 4e réexamen en cours, visite après visite |
| 1450 MWe (N4) | 4 | 1996 à 1999 | 4e réexamen à venir |
Chaque palier a son histoire et ses particularités techniques. Les réacteurs 900 MWe sont les plus anciens et ont ouvert la voie. Les réacteurs 1300 MWe forment une série plus homogène, ce qui facilite les approches communes. Les réacteurs 1450 MWe, un petit groupe de quatre unités, sont les plus récents et ont encore quelques années devant eux avant leur propre échéance.
Pourquoi plus d’un tiers des réacteurs sont-ils concernés aujourd’hui ?

La réponse tient à l’histoire du programme nucléaire français. Le pays a construit l’essentiel de son parc en une quinzaine d’années, entre la fin des années 1970 et le début des années 1990. Résultat : les réacteurs ont à peu près le même âge, et les échéances de réexamen se bousculent au lieu de s’étaler.
Sur le palier 900 MWe, le 4e réexamen a démarré avec les premières visites décennales en 2019, après une décision générique de l’ASN en 2021 fixant des prescriptions pour toute la série. Le palier 1300 MWe suit la même logique, avec un calendrier décalé de quelques années. Selon la façon de compter (visites bouclées, en cours ou imminentes), une vingtaine de réacteurs au minimum se trouvent dans ce passage des 40 ans, soit largement plus d’un tiers du parc.
Cet effet de masse pose un défi industriel inédit. EDF doit enchaîner des arrêts longs, mobiliser des équipes spécialisées et approvisionner des pièces, tout en gardant une production suffisante pour l’hiver. Le calendrier des visites devient un exercice d’équilibriste entre sûreté, disponibilité du parc et besoins du réseau électrique.
Les enjeux de la prolongation au-delà de 40 ans
Pour l’ASN, la question de fond reste la tenue dans le temps des équipements. Certains composants se remplacent (générateurs de vapeur, câbles, pompes), d’autres non. La cuve en acier, où a lieu la réaction, subit des années d’irradiation qui modifient ses propriétés. Les experts suivent donc de près ces vieillissements grâce à des éprouvettes placées dans les réacteurs et à des simulations.
Les exigences de sûreté pèsent aussi dans la balance. Après l’accident de Fukushima, de nouvelles protections ont été demandées : sources d’eau et d’électricité de secours renforcées, meilleure résistance aux séismes, aux inondations et aux canicules, dispositifs pour limiter les conséquences d’un accident grave. Ces travaux de conformité et de mise à niveau s’inscrivent dans le programme du Grand carénage d’EDF, qui mobilise plusieurs dizaines de milliards d’euros.
Trois grandes questions structurent le débat :
- la sûreté : jusqu’où peut-on garantir la tenue des composants non remplaçables ?
- l’économie : prolonger un réacteur coûte moins cher que d’en construire un nouveau, mais les travaux restent lourds, comme le rappelle le cas d’un surgénérateur actif seulement 6,7% du temps pour 12 milliards d’euros investis ;
- la politique énergétique : le temps de bâtir les futurs EPR2, le parc existant assure l’essentiel de la production bas carbone du pays.
Ce que dit le cadre réglementaire sur la décision finale
La décision de l’ASN porte sur la poursuite de l’exploitation pour dix ans, avec des prescriptions précises à respecter. Elle peut être complétée réacteur par réacteur, après la visite décennale. Pour fonctionner au-delà, EDF doit donc franchir ce cap à chaque fois, sans acquis définitif.
Perspectives d’avenir : vers 50 ou 60 ans d’exploitation

EDF vise désormais une prolongation de durée de vie jusqu’à 50 ans, voire 60 ans pour une partie des réacteurs. Pour les 900 MWe, le 5e réexamen, associé à la barre des 50 ans, est déjà en préparation. L’ASN a indiqué que la poursuite au-delà de 40 ans paraissait possible sous conditions, sans pour autant valider d’avance une durée au-delà de 50 ans. Chaque étape reste à démontrer.
À l’horizon 2050, les scénarios de la politique énergétique française combinent nouveaux réacteurs, énergies renouvelables et sobriété. Dans la plupart d’entre eux, le parc existant joue un rôle de pivot, parce que les nouvelles centrales mettront du temps à arriver. Prolonger les réacteurs actuels ne dispense donc pas de préparer l’après, mais cela donne de la marge de manœuvre au pays.
Pour le citoyen, l’examen des 40 ans n’a rien d’une formalité. C’est un processus public, documenté, suivi par l’autorité de sûreté, qui conditionne la place du nucléaire dans le mix électrique pour les trente prochaines années. La prochaine fois que vous entendrez parler d’un réacteur « prolongé », vous saurez que derrière cette annonce se cache une série de contrôles, de travaux et de décisions qui engagent la sûreté autant que l’avenir énergétique du pays.
Auteur spécialisé en finance et business, il analyse les sujets économiques avec pragmatisme et clarté.Son approche se veut factuelle, accessible et tournée vers des décisions concrètes.Il s’adresse à ceux qui cherchent à mieux comprendre l’argent, l’entreprise et les enjeux économiques du quotidien.
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