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octobre 1, 2026 à 3h59Des réacteurs nucléaires que personne n’a jamais démontés jusqu’au bout, une technologie abandonnée depuis les années 1970 et des milliers de tonnes de graphite à traiter. Voilà le dossier que la France s’apprête à ouvrir avec le démantèlement complet d’un réacteur UNGG. Derrière ce chantier hors norme se joue aussi un enjeu économique : celui d’un savoir-faire que d’autres pays devront acheter un jour.
Une première qui ouvre un nouveau marché industriel
La réponse tient en quelques lignes. La France possède neuf anciens réacteurs de la filière uranium naturel graphite gaz, tous à l’arrêt, un chantier distinct de démantèlement de Fessenheim et ses 405 000 tonnes de déchets déjà engagé sur un autre site français. Les exploitants ont longtemps repoussé leur démontage, faute de solution éprouvée pour le cœur en graphite. Aujourd’hui, EDF et le CEA engagent une déconstruction menée jusqu’à son terme, sous le contrôle de l’ASN (devenue ASNR).
Ce chantier fait figure de référence internationale, car aucun pays n’a encore mené à son terme le démontage d’un réacteur de ce type à cette échelle. Ceux qui y parviendront en premier disposeront d’un retour d’expérience, de procédés validés et d’équipes formées. Ce sont ces atouts que l’industrie française compte transformer en offre commerciale sur le marché du démantèlement.
Les réacteurs UNGG : une technologie de première génération à démanteler
Les réacteurs UNGG appartiennent à la première génération nucléaire française. Ils utilisent de l’uranium naturel comme combustible, du graphite pour ralentir les neutrons et du gaz carbonique pour évacuer la chaleur. La France les a développés dans les années 1950 et 1960, avant de basculer vers les réacteurs à eau pressurisée.
Leur particularité complique tout. Le cœur est un empilement de milliers de blocs de graphite, un matériau qui a absorbé de la radioactivité pendant des années de fonctionnement. Les réacteurs sont aussi plus volumineux que leurs successeurs, ce qui multiplie les tonnes de matériaux à découper, trier et évacuer. Il faut enfin gérer des déchets radioactifs de nature particulière, qui n’ont pas encore d’exutoire définitif.
Le graphite, un casse-tête de plusieurs dizaines de milliers de tonnes
L’inventaire national des déchets évalue les déchets de graphite issus des réacteurs UNGG à l’ordre de 23 000 tonnes. Leur radioactivité est faible mais persiste très longtemps. Le stockage prévu pour cette catégorie de déchets n’existe pas encore, ce qui pèse sur le calendrier des chantiers.
Chinon A1 et Marcoule G1 : les chantiers pionniers

Deux sites concentrent l’attention. Sur la centrale de Chinon, en Indre-et-Loire, EDF exploite trois réacteurs UNGG arrêtés. Le premier, Chinon A1, a fonctionné de 1963 à 1973 et abrite aujourd’hui un musée. C’est sur ce site que l’électricien prépare le démontage complet d’un réacteur de la filière, avec l’appui de ses partenaires industriels.
Sur le site de Marcoule, dans le Gard, le CEA conduit un chantier parallèle. Le réacteur G1, mis en service à la fin des années 1950 et arrêté en 1968, est l’un des tout premiers réacteurs français. Les équipes y testent depuis des années des méthodes de découpe à distance et de traitement du graphite. Ces essais servent de laboratoire grandeur nature pour les autres sites (Saint-Laurent-des-Eaux, Bugey).
Les acteurs français positionnés sur ce marché du démantèlement
La filière nucléaire française avance en équipe. EDF pilote la déconstruction de ses six réacteurs UNGG, le CEA celle des trois réacteurs de Marcoule, et l’Andra prépare les solutions de stockage. Autour d’eux, des industriels apportent les technologies de démantèlement.
Veolia, via sa filiale Veolia Nuclear Solutions, et Onet Technologies, spécialiste des interventions en milieu radioactif, se placent en première ligne. Leur rôle : concevoir les robots de découpe, les outils de télémanipulation et les procédés de conditionnement des déchets. Ces entreprises trouvent en France un terrain d’essai que peu de concurrents étrangers peuvent offrir.
Défis techniques et perspectives d’export

Les principales étapes du chantier
Le démantèlement suit une séquence rigoureuse. On commence par retirer le combustible et évacuer les fluides, puis on démonte les équipements périphériques. Vient ensuite l’étape la plus délicate, la dépose du caisson et des empilements de graphite, souvent à distance et parfois sous eau ou sous air selon la stratégie retenue. Chaque phase exige l’accord de l’ASN, dont l’exigence en matière de sûreté nucléaire reste très élevée.
Le principal défi reste la gestion du graphite irradié. Il faut le découper, le caractériser, le conditionner, puis l’entreposer en attendant une filière de stockage. La radioprotection des opérateurs, la maîtrise des poussières et la traçabilité de chaque colis complètent la liste des difficultés.
Un marché mondial de grande ampleur
Les réacteurs à modérateur graphite ne sont pas une exception française. Le Royaume-Uni compte une dizaine de réacteurs Magnox, très proches des UNGG, et l’Italie, le Japon ou l’Espagne ont exploité des modèles voisins. Le marché du démantèlement nucléaire mondial se chiffre en centaines de milliards d’euros sur plusieurs décennies, selon les estimations les plus courantes, portées par le vieillissement du parc mondial.
| Pays | Approche du démantèlement | Points de comparaison |
|---|---|---|
| France | Déconstruction complète engagée sur les UNGG | Chantiers pilotes à Chinon et Marcoule |
| Royaume-Uni | Magnox mis en attente de longue durée | Démontage complet repoussé de plusieurs décennies |
| Allemagne | Démontage direct après l’arrêt | Surtout des réacteurs à eau, peu de graphite |
Cette comparaison éclaire l’avantage français. Les Britanniques ont préféré différer, tandis que les Allemands accumulent une vraie expérience sur d’autres technologies. La France, elle, peut se prévaloir d’un projet complet sur la filière graphite. C’est ce positionnement qui nourrit l’espoir d’un export nucléaire de services, à condition de prouver la maîtrise des coûts et des délais, un enjeu que rappelle le surgénérateur Superphénix et son bilan opérationnel décevant.
La réussite dépendra de la capacité de la filière à tenir ses calendriers et à documenter ses résultats. Si le pari est tenu, l’expertise française deviendra un produit d’exportation à part entière, au moment où de nombreux pays devront à leur tour démonter leurs vieilles installations. Le savoir-faire industriel acquis à Chinon et Marcoule pourrait alors valoir autant que les réacteurs eux-mêmes.
Auteur spécialisé en finance et business, il analyse les sujets économiques avec pragmatisme et clarté.Son approche se veut factuelle, accessible et tournée vers des décisions concrètes.Il s’adresse à ceux qui cherchent à mieux comprendre l’argent, l’entreprise et les enjeux économiques du quotidien.
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