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septembre 25, 2026 à 12h08Une entreprise née en France et en Italie, qui construit ses réacteurs sur le sol français, vient de choisir Wall Street pour lever ses capitaux. Ce n’est pas un détail. Newcleo, start-up du nucléaire de nouvelle génération, s’introduit en bourse aux États-Unis, et cette décision en dit long sur le fossé qui sépare les marchés financiers américains de leurs équivalents européens.
L’opération est chiffrée précisément : Newcleo va lever jusqu’à 429 millions de dollars via une introduction en bourse au Nasdaq, pour une valorisation totale de 2,4 milliards de dollars. Le tout passe par une fusion avec un SPAC, une société d’acquisition à vocation spécifique, un montage financier très prisé aux États-Unis pour accélérer une cotation sans passer par le parcours classique d’une IPO. En clair, une entreprise française préfère les marchés financiers américains à Euronext Paris pour financer sa croissance.
Newcleo s’introduit au Nasdaq : les chiffres clés de l’opération
Le montage retenu par Newcleo mérite d’être détaillé, car il illustre une méthode devenue courante aux États-Unis mais encore marginale en Europe. Plutôt qu’une introduction en bourse traditionnelle, la start-up nucléaire fusionne avec un SPAC déjà cotée au Nasdaq. Cette structure vide de substance, créée uniquement pour lever des fonds et fusionner ensuite avec une société opérationnelle, permet d’aller plus vite et d’éviter certaines contraintes réglementaires propres aux IPO classiques.
Résultat annoncé : une valorisation de 2,4 milliards de dollars et une levée pouvant atteindre 429 millions de dollars. Ces sommes doivent financer le développement industriel des réacteurs de Newcleo, la construction d’usines de combustible et l’extension de ses activités en France, en Italie et au Royaume-Uni. Pour une entreprise fondée il y a moins de dix ans, ce sont des montants qui dépassent largement ce que le marché européen aurait pu offrir dans des délais comparables.
Pourquoi Newcleo choisit les États-Unis plutôt qu’Euronext ?
La question centrale, celle que tout le monde se pose, est simple : pourquoi une entreprise si ancrée en Europe va-t-elle chercher son argent ailleurs ? La réponse tient en plusieurs points, tous liés à l’attractivité financière comparée des deux continents.
D’abord, les marchés financiers américains offrent une liquidité et une profondeur de capitaux sans équivalent pour les technologies de rupture. Les investisseurs américains ont l’habitude de financer des paris technologiques risqués sur le long terme, notamment dans l’énergie et le nucléaire de nouvelle génération, un secteur en plein regain d’intérêt sur fond de besoins massifs en électricité liés à l’intelligence artificielle.
Ensuite, le mécanisme du SPAC lui-même est quasi inexistant en Europe dans sa forme aboutie. Cette rapidité d’exécution, cette souplesse réglementaire, séduisent des entreprises qui ne veulent pas attendre des mois pour boucler un tour de table. Enfin, il y a un contexte plus tendu en France : Newcleo aurait vu son dossier de financement public via France 2030 se compliquer, ce qui a pu accélérer la recherche d’alternatives outre-Atlantique.
Le mécanisme SPAC en une phrase
Une coquille déjà cotée en bourse fusionne avec une entreprise opérationnelle, qui devient ainsi cotée sans passer par le processus classique d’introduction en bourse, plus long et plus contraignant en Europe.
La technologie et les projets de Newcleo en Europe et dans le monde

Fondée par Stefano Buono, ancien cadre du CERN, Newcleo développe des réacteurs à neutrons rapides refroidis au plomb, appelés réacteur LFR. Cette technologie présente un avantage stratégique : elle permet de recycler le combustible MOX et de valoriser les déchets nucléaires existants plutôt que de les stocker indéfiniment. L’idée séduit sur le papier, car elle répond à deux problèmes à la fois, la production d’électricité bas carbone et la gestion des déchets radioactifs accumulés depuis des décennies.
En France, le projet phare de l’entreprise concerne le site de l’Aube, où Newcleo envisage d’installer une usine de fabrication de combustible MOX destinée à alimenter ses futurs réacteurs. L’entreprise a également des ambitions en Italie, son autre pays d’origine, et au Royaume-Uni, où l’accueil réglementaire pour le nucléaire innovant semble plus favorable qu’en France. Cette dispersion géographique traduit une stratégie prudente : ne pas dépendre d’un seul pays pour ses autorisations et ses financements.
| Élément | Détail |
|---|---|
| Valorisation | 2,4 milliards de dollars |
| Levée de fonds visée | Jusqu’à 429 millions de dollars |
| Marché de cotation | Nasdaq (via fusion avec un SPAC) |
| Technologie | Réacteur LFR, combustible MOX recyclé |
| Projet français | Usine de combustible dans l’Aube |
Un signal d’alerte pour l’écosystème financier et nucléaire européen
Ce départ vers le Nasdaq n’est pas anecdotique pour l’écosystème européen de l’innovation nucléaire, qui repose aussi sur de grands projets publics comme l’achèvement des deux plus gros chantiers du réacteur expérimental ITER. Newcleo est l’une des rares start-up nucléaires européennes à avoir atteint une taille critique, avec des centaines d’employés et plusieurs pays d’implantation. Que cette entreprise préfère les marchés financiers américains pour son financement révèle un problème structurel : l’Europe manque d’outils pour accompagner des paris industriels lourds et longs, typiques de l’énergie nucléaire.
Les tensions autour de France 2030 illustrent aussi la fragilité des dispositifs publics de soutien à l’innovation nucléaire en France, un secteur déjà marqué par le poids financier du démantèlement de 28 ans des réacteurs de Fessenheim. Quand une subvention ou un financement d’État tarde ou se réduit, les start-up cherchent ailleurs, et l’ailleurs est souvent américain. Ce schéma s’était déjà vu dans d’autres secteurs technologiques, où des pépites européennes finissaient par migrer leur capital, voire leur siège, vers les États-Unis faute de débouchés financiers suffisants sur le continent.
Pour l’Europe du nucléaire, qui mise beaucoup sur les petits réacteurs modulaires et les technologies de quatrième génération pour retrouver une souveraineté énergétique (un pari qui rappelle celui, plus coûteux qu’efficace, du surgénérateur français à 12 milliards d’euros), ce cas Newcleo pose une question de fond : sans marché de capitaux à la hauteur des ambitions industrielles, combien d’autres start-up nucléaires suivront la même route vers le Nasdaq plutôt que vers Euronext ?
Auteur spécialisé en finance et business, il analyse les sujets économiques avec pragmatisme et clarté.Son approche se veut factuelle, accessible et tournée vers des décisions concrètes.Il s’adresse à ceux qui cherchent à mieux comprendre l’argent, l’entreprise et les enjeux économiques du quotidien.
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