
À 306 ans, le SHOM reste le plus ancien organisme maritime mondial et continue d’innover
octobre 3, 2026 à 8h30L’Italie a tourné le dos à l’atome en 1987. Presque quarante ans plus tard, elle fait demi-tour. Le Parlement italien vient de valider une loi qui remet le nucléaire au cœur de sa stratégie énergétique, et la France, voisine et fournisseur historique d’électricité, se retrouve au centre du jeu.
Le paradoxe : consommer l’atome sans le produire
Depuis une trentaine d’années, l’Italie n’a plus aucune centrale nucléaire en activité, mais elle importe chaque année l’équivalent de la production de plusieurs réacteurs, en grande partie venus de France. Elle utilise donc déjà du nucléaire, simplement fabriqué de l’autre côté des Alpes.
L’Italie relance le nucléaire : ce que le Parlement a décidé
Le texte adopté est un projet de loi dit « de délégation ». Il ne pose pas la première pierre d’une centrale nucléaire du jour au lendemain. Il donne au gouvernement le pouvoir de fixer, par décrets, le cadre complet de la filière : autorité de sûreté, choix des sites, règles de gestion des déchets, procédures d’autorisation.
Le chantier reste donc devant Rome. Il faudra plusieurs années pour écrire les règles, choisir les technologies et convaincre les territoires d’accueillir des installations. Les premiers réacteurs ne produiraient pas avant le début des années 2030 dans le scénario le plus optimiste.
Le gouvernement de Giorgia Meloni évoque une part du nucléaire comprise entre 11 et 22 % de l’électricité italienne d’ici 2050, selon les scénarios. Il mise surtout sur les petits réacteurs modulaires (SMR) et sur les technologies de nouvelle génération, plus compactes et plus faciles à financer que les grands EPR.
Pourquoi le nucléaire français est au cœur de l’histoire
La France, dont plus d’un tiers des réacteurs passent l’examen des 40 ans, est l’un des principaux fournisseurs d’électricité de l’Italie. Les lignes à haute tension qui franchissent les Alpes acheminent des volumes importants d’électricité nucléaire, souvent moins chère que celle produite localement avec du gaz. Les importations d’électricité représentent environ 15 % de la consommation italienne.
Cette dépendance énergétique pose un problème politique. Rome paie cher son gaz, subit les variations de prix et reste suspendue aux décisions de ses voisins. Produire sur son sol permettrait de réduire cette fragilité et de gagner en sécurité énergétique.
La relance ouvre aussi des perspectives à l’industrie nucléaire française. EDF, déjà présent en Italie via sa filiale Edison, peut proposer son savoir-faire sur les réacteurs, la maintenance ou la formation. Les groupes italiens, comme Enel ou Ansaldo, ont de leur côté conservé des compétences et cherchent des partenaires pour se relancer.
40 ans d’abandon : de Tchernobyl aux référendums

Tout commence avec la catastrophe de Tchernobyl en avril 1986. L’émotion est immense en Italie, et dès novembre 1987 un référendum, organisé sur fond de peur collective, rejette le nucléaire à une large majorité. Les dernières centrales ferment au tout début des années 1990.
Le pays tente un retour à la fin des années 2000, mais Fukushima brise l’élan. En juin 2011, un nouveau référendum balaie le projet avec plus de 90 % de voix contre. Pendant des années, le sujet est resté politiquement toxique.
| Moment | Ce qui s’est passé |
|---|---|
| 1986 | Catastrophe de Tchernobyl |
| 1987 | Premier référendum : l’Italie rejette le nucléaire |
| 1990 | Arrêt des dernières centrales |
| 2011 | Après Fukushima, second référendum anti-nucléaire |
| Aujourd’hui | Le Parlement valide la loi de relance de la filière |
Ce qui a changé : l’opinion, les jeunes et le climat
Le vrai basculement s’est joué dans les esprits. Les Italiens qui ont connu Tchernobyl restent plus méfiants, mais les jeunes Italiens n’ont pas ce traumatisme. Pour eux, le nucléaire est d’abord une énergie décarbonée, utile pour réussir la transition énergétique sans dépendre du gaz russe ou des caprices du marché.
Plusieurs sondages récents montrent désormais une majorité favorable à une relance, avec un soutien plus marqué chez les moins de 35 ans. La crise énergétique de 2022 a joué un rôle d’accélérateur : factures qui s’envolent, industrie sous pression, besoin de sécurité d’approvisionnement.
Des commentateurs italiens parlent d’un débat enfin libéré des traumatismes de Tchernobyl et de Fukushima. Le sujet n’est plus un tabou, et il se discute désormais sur des critères économiques et climatiques.
Les motivations du gouvernement Meloni
Pour Giorgia Meloni, l’argument central est l’indépendance énergétique. L’Italie, très exposée au gaz, veut diversifier son mix énergétique et offrir à ses industriels une électricité stable à prix prévisible. Le nucléaire viendrait compléter le solaire, l’éolien et l’hydraulique, sans les remplacer.
L’enjeu climatique pèse aussi dans la balance. Atteindre la neutralité carbone sans énergie pilotable est difficile, et les modèles officiels italiens y voient une pièce du puzzle. Enfin, le pari industriel est réel : former des ingénieurs, relancer des chaînes de fournisseurs et exporter à nouveau des compétences.
Un mouvement européen : l’atome revient partout

L’Italie n’est pas seule. La Belgique a renoncé à sa sortie programmée du nucléaire, la Pologne prépare ses premières centrales, les Pays-Bas planifient de nouveaux réacteurs et la Suède relance ses investissements. Chacun avance avec ses motivations, mais le constat est commun : l’électricité décarbonée et sûre manque, et le gaz coûte cher.
Pour la France, ce contexte est une opportunité. Entre exportations d’électricité, projets de réacteurs EPR2 et coopération industrielle, l’Hexagone peut devenir partenaire de ses voisins plutôt que simple fournisseur. L’Italie, de son côté, passe du statut de client discret à celui de futur acteur du nucléaire en Europe.
Reste à savoir si le pari sera tenu
Le chemin est long. Il faudra trouver les sites, financer les projets et rassurer les riverains, dans un pays où l’opposition locale peut vite bloquer un chantier. Les coûts et les délais des grands réacteurs en Europe invitent aussi à la prudence.
Une chose est sûre : après quarante ans de silence, la question n’est plus de savoir si l’Italie reparlera d’atome, mais comment elle le fera. Et dans cette équation, la France reste un voisin que Rome ne peut pas ignorer.
Auteur spécialisé en finance et business, il analyse les sujets économiques avec pragmatisme et clarté.Son approche se veut factuelle, accessible et tournée vers des décisions concrètes.Il s’adresse à ceux qui cherchent à mieux comprendre l’argent, l’entreprise et les enjeux économiques du quotidien.
A lire aussi
Une percée scientifique va permettre de manipuler le bois comme du métal : comment ça marche ?
Fusion nucléaire : les États-Unis débloquent 10 milliards de dollars pour rattraper la Chine
Parc nucléaire français : pourquoi l’examen des 40 ans est un tournant
« Les deux effets vont se cumuler » : un océanographe alerte sur El Niño et le climat
Pourquoi 8 trains suisses FLIRT à batterie vont rouler pour une grande ville américaine
Des champignons noirs de Tchernobyl détiennent la clé des voyages spatiaux, vraiment ?



