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Pas 360 euros d’argent de poche. Pas 360 euros en complément d’un salaire. 360 euros pour tout : le loyer, la nourriture, les factures, les imprévus. C’est le budget mensuel de Sandrine, 54 ans, bénéficiaire de l’allocation spécifique de solidarité (ASS). Une allocation réservée aux personnes ayant épuisé leurs droits au chômage, sous réserve d’avoir travaillé au moins cinq ans sur les dix années précédant la perte d’emploi. Les modalités de ce basculement, une fois les droits de France Travail épuisés, restent méconnues du grand public alors qu’elles conditionnent la survie de milliers de foyers.
Son témoignage, recueilli par le Secours catholique, ne ressemble à aucun discours politique sur la pauvreté. Il ressemble à une vie. Abîmée, contrainte, mais réelle.
Une arithmétique cruelle
Quand les revenus s’élèvent à 360 euros mensuels, il n’y a pas de budget à gérer. Il y a des priorités à trancher. Le logement passe en premier. L’alimentation suit, en mode strict. Les factures d’énergie viennent ponctuer le mois comme autant de petites crises.
Sandrine le dit sans détour : chaque euro est scruté, chaque dépense est pesée. Une facture médicale inattendue, une réparation urgente, et c’est tout l’équilibre précaire qui vacille. Pour mémoire, le seuil de pauvreté est défini, en France, comme un revenu inférieur à 60 % du revenu médian national. Sandrine vit très largement sous ce seuil, avec une somme qui ne couvre qu’une fraction de ce que ce calcul représente.
Ce à quoi on renonce quand on n’a rien
Les renoncements s’accumulent en silence. Un repas équilibré ? Pas toujours possible. Un vêtement neuf ? Une exception rare. Un déplacement, une sortie, un cadeau offert à un proche ? Autant de gestes ordinaires devenus inaccessibles.
Ce n’est pas seulement une question de confort. C’est une forme d’exclusion progressive. Ne pas pouvoir partager un repas, ne pas pouvoir participer à la vie sociale commune : la précarité matérielle fabrique, peu à peu, une invisibilité sociale.
La blessure qu’on ne voit pas
Sandrine insiste sur une dimension que les chiffres ne capturent pas : l’épuisement intérieur. La honte, d’abord. Puis l’isolement. Et cette peur sourde, permanente, de ce que demain pourrait encore aggraver.
Le Secours catholique le rappelle régulièrement : la pauvreté ne se résume pas à un déficit financier. Elle érode la dignité, fragilise la santé mentale, et s’installe dans les corps comme dans les esprits. « On ne vit pas, on survit », résume Sandrine. Une formule qui en dit plus que n’importe quel rapport.
Une situation partagée par de nombreux foyers
Le cas de Sandrine n’est pas une anomalie. Selon les associations caritatives, plusieurs millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté en France, et une part importante d’entre elles dépend de minima sociaux comme le RSA ou l’ASS pour subsister.
Ces dispositifs ont été pensés comme des filets de sécurité. Mais entre leur montant et le coût réel de la vie, le fossé ne cesse de se creuser. Beaucoup de bénéficiaires doivent recourir à l’aide alimentaire ou aux associations caritatives pour compléter des allocations insuffisantes. Le filet retient, mais il ne protège plus vraiment. Pour les personnes en situation de handicap ayant également épuisé leurs droits, d’autres dispositifs existent, mais ils restent souvent difficiles à mobiliser, comme le détaille notre article sur les aides possibles en fin de droits chômage.
Ce que le témoignage de Sandrine oblige à regarder
Au-delà du cas individuel, la parole de Sandrine pose une question collective : peut-on accepter qu’en France, des personnes ayant travaillé toute leur vie se retrouvent à vivre avec 360 euros par mois ? À 54 ans, la question de la retraite n’est pas si lointaine, et chaque trimestre manquant pèse lourd sur le montant futur de la pension, comme le rappelle notre enquête sur la régularisation des trimestres manquants.
Les associations appellent à revaloriser les aides, à mieux accompagner les personnes en grande précarité et à penser la lutte contre la pauvreté non plus comme une gestion de flux, mais comme un engagement de dignité. Derrière chaque statistique, il y a une Sandrine. Et derrière chaque Sandrine, une vie qui mérite mieux que la survie.

Passionné d’entreprise et de finance, Salvador décrypte la stratégie, le management et les évolutions du monde professionnel pour aider chacun à mieux comprendre comment fonctionnent les organisations.
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