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octobre 3, 2026 à 11h43Fondé sous Louis XV, il cartographiait déjà les côtes quand les navires fonctionnaient à la voile. Aujourd’hui, il envoie des drones à 6000 mètres de profondeur et fait travailler l’intelligence artificielle sur ses données. Le Service hydrographique et océanographique de la Marine, plus connu sous le sigle SHOM, détient un record que personne ne lui conteste vraiment : celui du plus ancien service hydrographique du monde.
Le SHOM : 306 ans d’existence, le plus ancien service hydrographique au monde
L’histoire démarre en 1720, avec la création du Dépôt des cartes et plans de la Marine. À l’époque, la France veut sécuriser ses routes maritimes, ses ports et ses colonies. Il lui faut des cartes fiables, régulièrement mises à jour, et une institution capable de centraliser les relevés des navigateurs.
Trois siècles plus tard, la filiation est directe. Le SHOM, établissement public placé sous la tutelle du ministère des Armées et installé à Brest, reste l’autorité nationale en matière d’hydrographie. D’autres pays ont créé leur propre service, comme l’Espagne à la fin du XVIIIe siècle, mais aucun n’a une fondation 1720 à afficher. C’est ce qui lui vaut son titre de doyen mondial.
1720, 6000 m, 10 millions de km² : les trois ordres de grandeur du SHOM
1720 est l’année de naissance de l’institution. 6000 mètres correspondent à la profondeur que peut atteindre son drone sous-marin Narval. Quant à la zone économique exclusive française, elle dépasse les 10 millions de km², l’une des plus vastes de la planète.
Des innovations technologiques de pointe au service de la mer
Rester le plus ancien ne suffit pas à rester pertinent. Le SHOM l’a bien compris : son objectif affiché est de demeurer dans la première division des services hydrographiques mondiaux. Pour y parvenir, il mise sur une modernisation continue de ses outils, de ses capteurs et de sa flotte océanographique.
Narval : le drone qui explore les profondeurs jusqu’à 6000 mètres
Le drone sous-marin Narval est l’une des pièces maîtresses de cette stratégie. Autonome, il peut plonger jusqu’à 6000 mètres, là où la pression écrase n’importe quel équipement classique. Il évolue sans câble et sans équipage, selon une mission programmée à l’avance.
Son intérêt est double. D’abord, il accède à des zones que les bâtiments de surface sondent mal ou très lentement, notamment les grands fonds. Ensuite, il embarque des capteurs capables de mesurer le relief, la nature des sédiments ou la température de l’eau. Pour l’exploration sous-marine, c’est un gain de précision et de sécurité, puisque aucun plongeur n’est exposé.
Intelligence artificielle et traitement de données marines
Les navires et les drones produisent un volume de données marines considérable. Une seule campagne de sondage peut générer des milliards de points de mesure. Les trier à la main est devenu impossible.
L’intelligence artificielle intervient précisément à cette étape. Elle aide à repérer les anomalies, à classer les types de fonds, à nettoyer les mesures parasites et à accélérer la production des cartes. Les hydrographes gardent le dernier mot, mais ils passent moins de temps sur les tâches répétitives et davantage sur l’analyse.
Cartographie et hydrographie : les missions essentielles du SHOM

Derrière les innovations, le cœur du métier reste le même qu’en 1720 : mesurer la mer et la représenter fidèlement. L’hydrographie consiste à relever la profondeur, la forme des fonds marins, les obstacles et les dangers pour la navigation. La bathymétrie, c’est-à-dire la mesure du relief sous-marin, en est la base.
Ces relevés alimentent la cartographie marine, avec des cartes papier et numériques utilisées par la Marine nationale, mais aussi par les plaisanciers, les pêcheurs et les armateurs. Les missions du SHOM ne s’arrêtent pas là :
- la production et la mise à jour des cartes marines officielles ;
- la prédiction des marées et la diffusion d’informations sur les courants ;
- l’étude du littoral, des vagues et du niveau de la mer ;
- le soutien aux opérations de la Marine nationale, avec des données environnementales adaptées à chaque théâtre.
Pour les usagers de la mer, tout cela se traduit par un résultat très concret : une sécurité maritime renforcée. Un échouage évité, un chenal correctement balisé ou une marée bien annoncée reposent sur un travail de mesure souvent invisible.
Un enjeu stratégique pour la souveraineté maritime française
Connaître ses fonds, c’est aussi exercer sa souveraineté. La France possède un domaine maritime immense, réparti sur tous les océans grâce à l’outre-mer. Savoir ce qu’il contient, que ce soit en relief, en ressources ou en dangers, conditionne la gestion de la zone économique exclusive.
La dimension militaire pèse tout autant. Les sous-marins, les bâtiments de surface et les opérations de lutte contre les mines dépendent de données précises sur la profondeur, la salinité ou la nature des fonds. En ce sens, le SHOM contribue directement à la puissance maritime du pays, sans faire de bruit.
La mer est devenue un espace de rivalités, entre énergies marines, minerais des grands fonds et domination française sur les navires câbliers stratégiques, aujourd’hui menacée par la Corée du Sud. Disposer d’une expertise nationale solide évite de dépendre de données étrangères sur son propre territoire.
Les défis maritimes du XXIe siècle

Comme le souligne l’alerte d’un océanographe sur El Niño et le climat, le changement climatique transforme les côtes et le niveau de la mer. Les cartes doivent suivre ces évolutions, ce qui suppose des mesures plus fréquentes et des modèles plus fins. Là encore, l’innovation maritime est une nécessité, pas un luxe.
L’exploitation des ressources sous-marines pose une autre question. Éoliennes en mer, câbles, forage en eaux profondes disputé entre grandes puissances : chaque projet demande une connaissance précise des fonds avant toute intervention. Le service hydrographique devient alors un acteur de référence pour concilier développement économique et protection des milieux.
À 306 ans, le SHOM n’a donc rien d’une institution figée. Son record d’ancienneté est réel, mais c’est sa capacité à intégrer les drones, l’IA et la donnée massive qui lui permet de rester, aujourd’hui encore, parmi les meilleurs services hydrographiques de la planète.
Auteur spécialisé en finance et business, il analyse les sujets économiques avec pragmatisme et clarté.Son approche se veut factuelle, accessible et tournée vers des décisions concrètes.Il s’adresse à ceux qui cherchent à mieux comprendre l’argent, l’entreprise et les enjeux économiques du quotidien.
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