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septembre 17, 2026 à 2h56Une usine va sortir de terre en Basse-Saxe pour fabriquer un matériau que presque personne ne connaît, mais dont dépend l’avenir de la fusion nucléaire en Europe. Son nom : le ruban HTS, un supraconducteur haute température sans lequel aucun réacteur à fusion ne peut fonctionner. Et pour l’instant, ce marché reste largement dominé par des fabricants asiatiques.
C’est justement ce que l’Allemagne veut changer. Proxima Fusion, entreprise allemande spécialisée dans les stellarators, a annoncé la construction d’une usine pilote dédiée à la production de ce ruban stratégique. Le projet, chiffré à 140 millions d’euros, doit permettre à l’Europe de produire elle-même les aimants supraconducteurs nécessaires à ses futurs réacteurs, sans dépendre des chaînes d’approvisionnement chinoises.
L’Allemagne mise sur une usine de ruban HTS pour sécuriser sa filière fusion
Le site sera implanté en Basse-Saxe, région déjà familière des grands projets industriels et technologiques allemands. L’objectif de Proxima Fusion est clair : produire localement du ruban HTS en quantité suffisante pour équiper ses propres machines expérimentales, tout en créant une capacité industrielle réutilisable par d’autres acteurs européens de la fusion nucléaire.
Ce n’est pas un simple laboratoire de recherche. Il s’agit d’une usine pilote pensée pour monter en échelle, avec l’ambition de devenir un fournisseur de référence pour toute la filière fusion du continent. Le calendrier précis de mise en production n’a pas encore été détaillé publiquement dans son intégralité, mais la logique industrielle est posée : produire vite, produire beaucoup, et produire en Europe.
Pourquoi l’Europe veut s’affranchir de la Chine sur les supraconducteurs
Le ruban HTS, souvent fabriqué à partir de composés comme le REBCO ou le YBCO, est aujourd’hui produit en très grande majorité en Asie, avec une position dominante occupée par des industriels chinois. Cette concentration géographique inquiète les gouvernements européens, qui voient dans la fusion nucléaire l’un des grands paris énergétiques du siècle et refusent d’en dépendre d’un seul fournisseur extérieur.
La dépendance Chine sur ces matériaux critiques rappelle d’autres épisodes récents, comme celui des semi-conducteurs ou des terres rares. Un ralentissement de production, une tension géopolitique ou une simple décision commerciale suffiraient à bloquer des années de recherche européenne sur la fusion. De l’autre côté de l’Atlantique, les États-Unis ont choisi une autre réponse à cette même inquiétude, en injectant des fonds publics massifs dans leur filière, comme le raconte notre article sur les milliards débloqués par Washington pour rattraper la Chine sur la fusion. L’Europe, elle, mise d’abord sur la maîtrise d’un maillon technologique précis, considéré comme aussi stratégique que rare : la souveraineté européenne sur le ruban supraconducteur.
Le rôle clé des rubans HTS dans les réacteurs de fusion

Concrètement, à quoi sert ce ruban ? Il permet de fabriquer des aimants capables de générer des champs magnétiques extrêmement puissants, indispensables pour maintenir un plasma à plusieurs millions de degrés sans qu’il touche les parois du réacteur. C’est le confinement du plasma, condition absolue pour espérer déclencher et entretenir une réaction de fusion nucléaire.
Le supraconducteur haute température présente un avantage décisif par rapport aux technologies plus anciennes : il conserve ses propriétés à des températures moins extrêmes, ce qui simplifie le refroidissement et réduit la taille des installations. Résultat, les machines conçues avec ce type de ruban peuvent atteindre une capacité magnétique très élevée tout en restant plus compactes que les anciens tokamaks.
Stellarators et tokamaks : des aimants haute performance
Deux grandes familles de réacteurs expérimentaux se disputent l’avenir de la fusion nucléaire. Le tokamak, technologie la plus répandue, utilise un champ magnétique symétrique pour confiner le plasma. Le stellarator, approche privilégiée par Proxima Fusion, repose sur une géométrie plus complexe mais promet une stabilité de fonctionnement supérieure sur la durée.
Dans les deux cas, les aimants supraconducteurs jouent le rôle de colonne vertébrale de la machine. Sans ruban HTS performant et disponible en quantité, ni les stellarators ni les tokamaks européens ne peuvent avancer au rythme espéré. C’est précisément ce goulot d’étranglement que l’usine allemande cherche à desserrer.
Un projet financé par capitaux publics et privés
Le montage financier de l’usine repose sur une association de capitaux publics-privés, combinant investisseurs privés spécialisés dans les technologies de rupture et soutiens étatiques allemands soucieux de renforcer leur filière fusion nationale. Ce type de partenariat devient courant dans le secteur, où les montants engagés dépassent largement les capacités d’une seule start-up, aussi prometteuse soit-elle. Ces mouvements de capitaux rappellent d’autres opérations récentes dans le nucléaire européen, à l’image de l’introduction en bourse de Newcleo aux États-Unis, perçue par certains observateurs comme un signal d’alerte sur le financement de la filière nucléaire en Europe.
| Élément | Détail |
|---|---|
| Porteur du projet | Proxima Fusion |
| Localisation | Basse-Saxe, Allemagne |
| Investissement annoncé | 140 millions d’euros |
| Matériau produit | Ruban HTS (REBCO/YBCO) |
| Technologie visée | Stellarator |
Un marché encore jeune, déjà stratégique
La production mondiale de ruban HTS reste modeste en volume, mais chaque nouveau projet de fusion nucléaire multiplie la demande. Une usine pilote comme celle de Basse-Saxe peut donc peser lourd dans les équilibres futurs, bien avant que le premier réacteur commercial ne voie le jour.
Applications au-delà de la fusion : réseaux électriques et énergies renouvelables

Le ruban HTS n’intéresse pas seulement les physiciens de la fusion nucléaire. Ce même matériau permet de transporter de l’électricité avec des pertes très réduites, un atout précieux pour moderniser les réseaux électriques vieillissants et absorber la montée en puissance des énergies renouvelables intermittentes.
En développant une capacité de production locale, l’Allemagne ne sécurise donc pas uniquement sa recherche sur la fusion. Elle prépare aussi le terrain pour d’autres usages industriels liés à la transition énergétique, où la demande en câbles supraconducteurs devrait croître à mesure que les réseaux se complexifient.
Ce pari industriel reste risqué, comme tout projet en amont d’un marché encore embryonnaire. Mais il illustre une tendance de fond : l’Europe ne veut plus regarder de loin la course mondiale à la fusion nucléaire, elle veut en maîtriser les briques technologiques les plus sensibles, à commencer par ce ruban dont dépend, littéralement, la stabilité du plasma.

Passionné d’entreprise et de finance, Salvador décrypte la stratégie, le management et les évolutions du monde professionnel pour aider chacun à mieux comprendre comment fonctionnent les organisations.
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