Deux semaines, 60 tonnes, 8 milliards de dollars
Les chiffres publiés jeudi par la banque centrale turque racontent une histoire simple : entre le 13 et le 20 mars, la Turquie a mobilisé environ 58,4 tonnes d’or de ses réserves, pour une valeur dépassant les 8 milliards de dollars. C’est la contraction hebdomadaire la plus importante enregistrée depuis août 2018.
La première semaine a vu les réserves reculer de 6 tonnes. La seconde a été bien plus brutale, avec 52,4 tonnes supplémentaires sorties des coffres — vendues directement sur les marchés ou engagées dans des mécanismes de swaps.
Le 28 février, le déclencheur
Tout remonte au 28 février 2026. Ce jour-là, Israël et les États-Unis lancent une offensive militaire contre l’Iran. Les marchés réagissent immédiatement, la livre turque se retrouve sous pression, et Ankara active ses outils d’intervention.
Dans un premier temps, la banque centrale vend des devises étrangères : près de 26 milliards de dollars de forex ont ainsi été cédés depuis le début du conflit pour défendre la monnaie nationale. Puis vient l’or. Ce glissement vers les réserves métalliques marque un changement d’échelle significatif dans la stratégie monétaire d’Ankara.
Ventes directes et swaps : deux leviers distincts
Sur la semaine du 20 mars, la banque centrale n’a pas tout vendu au sens strict. Environ 22 tonnes ont été cédées directement sur les marchés, pour une valeur d’environ 3 milliards de dollars. Les 31 tonnes restantes ont transité par des accords de swaps adossés à l’or.
Ce mécanisme permet d’obtenir des liquidités — en livres turques ou en devises étrangères — sans procéder à une cession définitive des actifs. Moins visible qu’une vente ferme, il est tout aussi coûteux en termes d’engagements sur les réserves mobilisées. La banque centrale n’a fait aucun commentaire public sur ces opérations.
La correction des cours a aggravé la situation
Au-delà des volumes cédés, un facteur externe a amplifié la dépréciation des réserves : les cours mondiaux de l’or ont chuté d’environ 10 % sur la semaine du 20 mars. Cette seule correction a entraîné une perte de valeur supplémentaire proche de 8 milliards de dollars sur les avoirs en or de la banque centrale.
Au total, la valeur de l’or dans les réserves turques a reculé de 18 milliards de dollars sur cette unique semaine, sous l’effet combiné des swaps, des ventes physiques et de la baisse des prix. En parallèle, les réserves brutes de change ont progressé de 5,8 milliards de dollars — un arbitrage révélateur des équilibres complexes qu’Ankara tente de maintenir.
Un bilan global sous pression
Les réserves totales de la banque centrale turque atteignent désormais 177,5 milliards de dollars, en recul de 12,2 milliards sur la seule semaine du 20 mars. Plus significatif encore : les réserves nettes ont perdu 35 milliards de dollars depuis le début du conflit en Iran fin février.
Cette trajectoire témoigne de l’intensité de la pression exercée sur la livre turque depuis six semaines. La Turquie se retrouve dans une position délicate : défendre sa monnaie sans épuiser durablement les actifs qui constituent son filet de sécurité financier.
Ce que cela dit de l’or comme réserve de valeur
Le comportement de la banque centrale turque illustre un mécanisme bien connu : en période de crise, l’or est le premier actif mobilisé. Pour les investisseurs particuliers, la logique fonctionne en miroir. Face aux tensions géopolitiques et à la volatilité des changes, l’or physique — lingots ou pièces — représente une réserve tangible, indépendante du système bancaire.
L’argent physique joue un rôle complémentaire dans une stratégie de diversification patrimoniale, permettant de sécuriser une partie de son épargne hors des circuits financiers exposés aux crises systémiques du type de celle que traverse actuellement la Turquie.
Sources : Investing / Reuters
Auteur spécialisé en finance et business, il analyse les sujets économiques avec pragmatisme et clarté.Son approche se veut factuelle, accessible et tournée vers des décisions concrètes.Il s’adresse à ceux qui cherchent à mieux comprendre l’argent, l’entreprise et les enjeux économiques du quotidien.