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septembre 18, 2026 à 21h19Un village entier, figé sous une chape de béton blanc. Pas détruit, pas rasé : englouti, mais préservé sous la surface. En Sicile, à Gibellina, cette scène irréelle existe depuis plus de quarante ans, et elle continue d’attirer ceux qui cherchent à comprendre comment un drame peut devenir une œuvre.
Depuis 1984, 85 000 m² de béton blanc recouvrent les ruines de l’ancien village de Gibellina, resté intact sous cette masse figée. C’est le Cretto di Burri, une installation monumentale imaginée par l’artiste italien Alberto Burri. Elle ne cache pas les décombres : elle les fossilise, comme un linceul qui épouse chaque rue, chaque maison, chaque ruelle disparue en 1968.
Le Cretto di Burri : un linceul de béton sur les ruines de Gibellina
Le Cretto n’est ni un monument classique ni un simple mémorial. C’est une coulée de béton blanc qui suit exactement le tracé des anciennes rues du village, créant des blocs séparés par des fissures que l’on peut parcourir à pied. Marcher dans ces couloirs, c’est marcher dans le plan urbain de l’ancienne Gibellina, sans jamais voir une seule pierre d’origine.
Sous cette croûte blanche, les ruines demeurent, intouchées depuis la catastrophe. Rien n’a été déblayé ni reconstruit sur place : tout a simplement été recouvert. Cette décision donne au site une force particulière, celle d’un tombeau à ciel ouvert que l’on peut visiter comme un musée en plein air.
Le tremblement de terre du Belice et la destruction du village
Tout commence dans la nuit du 14 au 15 janvier 1968. Le tremblement de terre du Belice frappe l’ouest de la Sicile avec une violence rare pour la région, rasant plusieurs villages en quelques minutes. Gibellina, alors petite commune agricole, est totalement anéantie : les autorités jugent le site impossible à reconstruire et décident d’ériger une nouvelle ville, Gibellina Nuova, à une vingtaine de kilomètres de là.
Le village d’origine reste alors à l’abandon pendant plus d’une décennie, un champ de ruines silencieux au milieu du paysage sicilien. C’est cette catastrophe et cet abandon qui donneront naissance, des années plus tard, à l’idée du Cretto.
Un chantier titanesque
Réaliser 85 000 m² de béton blanc directement sur des ruines a demandé plus de dix ans de travaux. Commencé en 1985 et jamais totalement achevé faute de financements, le Cretto reste pourtant considéré comme l’une des plus grandes œuvres de land art au monde.
Alberto Burri et la mémoire figée dans le béton

Alberto Burri, peintre et sculpteur reconnu pour son travail sur la matière et la texture, est invité à concevoir une œuvre commémorative sur le site détruit. Plutôt qu’un monument classique, il propose une idée radicale : couler du béton directement sur les décombres, en respectant scrupuleusement le tracé des rues d’origine.
Le résultat dépasse le simple hommage. Le Cretto devient une œuvre d’art à part entière, une sculpture urbaine à l’échelle d’un village entier. Burri transforme la catastrophe en matière artistique, sans effacer la douleur ni la maquiller : il la solidifie, littéralement, dans un matériau destiné à durer.
Cette démarche s’inscrit dans une tradition du land art où le paysage lui-même devient le support de l’œuvre. Mais ici, la dimension mémorielle prime : chaque fissure du béton rappelle une rue disparue, chaque bloc correspond à un pâté de maisons rayé de la carte en une nuit.
Gibellina Nuova : la renaissance artistique et culturelle
Pendant que les ruines de l’ancien village se figent sous le béton, la nouvelle Gibellina se construit ailleurs, avec une ambition inattendue : devenir une véritable ville-musée. Les autorités locales invitent des artistes et architectes contemporains à concevoir des œuvres publiques, des places et des bâtiments qui font aujourd’hui de Gibellina Nuova un cas unique en Italie.
La ville organise chaque année le festival Orestiadi, un événement culturel mêlant théâtre, musique et arts visuels, qui perpétue cette volonté de transformer un drame en moteur de création. Cette renaissance donne tout son sens au Cretto : d’un côté, la mémoire figée du village englouti, de l’autre, une communauté qui a choisi de se reconstruire à travers l’art plutôt que de simplement rebâtir des maisons.
Visiter le Cretto di Burri : infos pratiques
Le site se visite librement, à pied, en empruntant les allées de béton qui serpentent entre les blocs. La meilleure période reste le printemps ou le début de l’automne, quand la chaleur sicilienne est moins écrasante et que la lumière rasante souligne le relief blanc de l’œuvre.
Quelques repères utiles avant de s’y rendre :
- Le site est accessible toute l’année, sans horaires stricts, mais la visite est plus agréable en dehors des heures les plus chaudes de la journée.
- Gibellina Nuova, à une vingtaine de kilomètres, mérite une halte pour découvrir ses œuvres publiques et son musée d’art contemporain.
- Le trajet se fait généralement en voiture depuis Trapani ou Palerme, le site n’étant pas directement desservi par les transports en commun.
Le Cretto reste un lieu silencieux, presque solennel. On y vient rarement par hasard : la plupart des visiteurs connaissent déjà l’histoire du tremblement de terre du Belice et cherchent à ressentir, sur place, ce que peut signifier marcher au-dessus d’un village entier disparu, dont les ruines, elles, n’ont jamais vraiment quitté les lieux.
Auteur spécialisé en finance et business, il analyse les sujets économiques avec pragmatisme et clarté.Son approche se veut factuelle, accessible et tournée vers des décisions concrètes.Il s’adresse à ceux qui cherchent à mieux comprendre l’argent, l’entreprise et les enjeux économiques du quotidien.
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