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septembre 15, 2026 à 22h43Un chiffre qui claque : plus de 8 personnes sur 10, qu’elles dirigent une entreprise ou qu’elles pointent au bureau chaque matin, réclament une réforme du travail. Le constat vient de la dernière vague de l’Observatoire Social de l’Entreprise, un baromètre qui scrute depuis plusieurs années le climat social dans les TPE et les PME françaises. Rarement un tel consensus avait réuni salariés et chefs d’entreprise sur un sujet aussi sensible.
Ce résultat mérite qu’on s’y attarde, parce qu’il ne relève pas d’un simple ras-le-bol passager (on retrouve d’ailleurs des tensions similaires autour du lien entre redressement judiciaire et licenciement économique). Il traduit une lassitude partagée face à un droit du travail perçu comme trop rigide, une administration jugée pesante, et un dialogue social qui peine à produire des résultats concrets sur le terrain.
Les chiffres clés : plus de 8 salariés et dirigeants sur 10 veulent une réforme du travail
Selon le baromètre, 84 % des dirigeants et 81 % des salariés interrogés jugent une réforme du Code du travail nécessaire, voire urgente. Ces chiffres proviennent d’un échantillon représentatif d’acteurs de l’entreprise issus principalement de structures de moins de 50 salariés, cœur battant de l’économie française. L’écart entre les deux publics reste faible, ce qui est en soi une donnée marquante : d’ordinaire, les attentes des patrons et celles des employés divergent davantage.
Ce chiffre à deux chiffres, au-delà de 80 %, confirme une tendance déjà repérée lors des vagues précédentes de l’Observatoire Social de l’Entreprise. La demande de réforme n’est pas nouvelle, mais elle s’est intensifiée au fil des années. Les ordonnances travail de 2017 avaient suscité un espoir, rapidement retombé faute de résultats tangibles sur le pouvoir d’achat ou la simplification administrative ressentie au quotidien par les TPE et PME.
Le chiffre à retenir : 84 % des dirigeants et 81 % des salariés jugent une réforme du travail nécessaire, un niveau d’accord rarement observé entre ces deux publics.
Pourquoi cette attente massive de réforme ? Le contexte économique et social
Le climat social français traverse une zone de turbulences depuis plusieurs années. Inflation, incertitudes sur les perspectives économiques, tensions de recrutement dans certains secteurs : les acteurs de l’entreprise composent avec un environnement mouvant qui use les organisations et les nerfs. Dans ce contexte, l’optimisme mesuré par le baromètre reste fragile, oscillant selon les vagues successives de l’enquête.
Les petites structures, TPE en tête, ressentent plus durement les effets d’une réglementation qu’elles jugent souvent inadaptée à leur taille. Un artisan employant trois salariés n’a ni le temps ni les moyens humains pour digérer les mêmes obligations qu’un grand groupe, et se retrouve parfois démuni sur des sujets qui relèveraient ailleurs d’un service RH dédié — une question qui rejoint d’ailleurs celle de quand il devient pertinent pour une PME de recruter un DRH. Cette asymétrie alimente un sentiment d’injustice qui traverse tout le tissu économique, des PME industrielles aux commerces de proximité.
Ce que souhaitent concrètement les salariés et les dirigeants

Derrière le chiffre global, les attentes se précisent quand on entre dans le détail des réponses. Elles ne se recoupent pas totalement, mais elles convergent souvent sur l’idée d’une simplification globale du cadre légal et fiscal.
Les priorités des chefs d’entreprise
Pour les dirigeants de TPE et PME, la baisse des charges et la simplification administrative arrivent en tête des réformes attendues. Vient ensuite la réduction du poids de la bureaucratie, jugée disproportionnée par rapport à la taille de leur structure. Fait notable, la réforme des retraites, sujet qui a pourtant occupé le débat public pendant des mois, apparaît comme secondaire dans leurs priorités concrètes pour les années à venir. Les patrons interrogés placent avant tout l’emploi, le coût du travail et la stabilité réglementaire au sommet de leurs demandes, sans oublier les questions liées à l’assurance chômage pour les dirigeants d’entreprise.
Les attentes des salariés
Côté salariés, la satisfaction professionnelle et la reconnaissance du travail fourni pèsent lourd dans les attentes exprimées. Ils réclament davantage de flexibilité dans l’organisation de leur temps et une meilleure prise en compte de l’équilibre entre vie privée et vie professionnelle, dans un cadre légal qui pose déjà des limites précises — on l’a vu avec le débat récurrent sur la possibilité de travailler 60 heures par semaine en France. Ils demandent aussi un dialogue social plus direct avec leur hiérarchie, ainsi qu’une simplification des démarches liées à la formation professionnelle ou à la mobilité interne, jugées trop complexes dans les petites structures.
Des perceptions divergentes face aux réformes passées
Si le besoin de réforme fait consensus, l’appréciation des réformes déjà menées, elle, divise davantage. Les ordonnances travail de 2017, censées assouplir le dialogue social et faciliter les négociations d’entreprise, n’ont pas produit les effets escomptés aux yeux d’une majorité de répondants. Les dirigeants estiment que la modernisation promise reste inachevée, freinée par une administration qui continue d’imposer des contraintes jugées excessives.
Les salariés, eux, restent partagés sur l’impact réel de ces textes sur leur quotidien professionnel. Certains y voient une avancée en matière de représentation du personnel, d’autres n’ont constaté aucun changement tangible dans leur entreprise. Ce décalage entre l’intention affichée des réformes et leur perception sur le terrain alimente la défiance envers les annonces politiques successives.
Les impacts redoutés et espérés sur l’emploi et le dialogue social

Sur la question de l’emploi, les avis restent nuancés. Une majorité de dirigeants pense qu’une réforme ambitieuse pourrait faciliter les embauches, notamment dans les PME où le coût et le risque juridique d’un recrutement freinent encore trop souvent la décision. Les salariés, de leur côté, redoutent qu’une flexibilisation excessive du droit du travail ne fragilise leur protection, surtout en période d’incertitude économique.
Le dialogue social ressort comme le terrain d’action le plus attendu par les deux publics. Renforcer les instances de représentation dans les petites structures, faciliter les négociations directes entre employeurs et employés, et donner plus de poids aux accords d’entreprise figurent parmi les pistes les plus souvent citées. La question se pose avec d’autant plus d’acuité que de nouvelles mutations, comme celles liées à l’intégration de l’intelligence artificielle et son encadrement par le dialogue social, viennent complexifier les discussions. C’est peut-être là que réside la clé d’une réforme réussie, non pas un grand soir législatif, mais une série d’ajustements concrets, à l’image des principes du management consultatif pour renforcer le dialogue social, capables de restaurer une confiance mutuelle qui s’est érodée au fil des années.
Reste que ce consensus à plus de 80 % ne garantit pas la nature des réformes à venir. L’accord sur le diagnostic n’implique pas un accord sur les solutions, et c’est précisément là que se jouera la crédibilité des prochaines mesures annoncées, quel que soit le gouvernement en place.

Passionné d’entreprise et de finance, Salvador décrypte la stratégie, le management et les évolutions du monde professionnel pour aider chacun à mieux comprendre comment fonctionnent les organisations.
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